Témoignage du père Totonijan sur la paternité

Voici un extrait d’un entretien très intéressant que nous avons eu avec le père Totonijan, fondateur de Radio Mariam Arménie.

 » Pour moi, le père ce n’est pas la discipline. Le père, c’est l’autorité qui lie la tradition avec le futur. C’est lui qui transmet tout ce dont on a besoin pour pouvoir survivre et continuer. L’éducation, au sens de formation de la personne, c’est pour aider la nouvelle génération à survivre et à s’améliorer. 

Aujourd’hui pour pouvoir survivre, on a besoin de centaines de milliers de personnes. Nous ne pouvons pas survivre, vivre seul. Donc le père est la personne qui est la continuation, le lien entre l’ancien et l’avenir. 

On se rend compte de la valeur de papa quand on enterre le papa ! J’ai enterré mon père quand j’avais 56 ans. Et quand il est parti, c’était à moi maintenant. Si j’avais des enfants, je serai la personne auprès de qui les autres devraient venir parler, demander un avis et autre. Je serai le lien.

Donc le père c’est le lien. Et il doit faire ce lien avec autorité, sans force. Le pouvoir et l’autorité, ce sont 2 mots très différents. Il faut avoir l’autorité sans force, sans pouvoir. (…)

(…) Pour l’enfant de 3 ans, Papa sait tout. C’est le plus intelligent, le plus fort, il connaît tout. Demandez à un enfant de 3 ans si son papa sait parler chinois : « Bien sûr ! » Sait-il conduire un avion ? « Bien sûr ! ». Papa sait tout. Il peut tout faire. Quand l’enfant de 3 et demi est avec papa, il n’a peur de rien. 

Voici l’histoire que m’a raconté mon chauffeur : Il y a une trentaine d’année, quand son fils avait 3 ans, il a acheté une voiture. Lui ne savait pas très bien conduire sur une route gelée. Pas très loin d’ici, ils sont entrain de descendre, il tape sur le frein, et la voiture dérappe, avec son fils qui commence à aller d’un côté à l’autre, se tape la tête contre la fenêtre et lui est en sueur. D’une manière ou d’une autre il arrive à arrêter la voiture à la fin. Et que dit l’enfant ? « Papa, tu peux le faire encore une fois ? !! » 

L’enfant de 13 ans, il connaît tous les défauts de papa. Pour lui, papa, c’est comme les autres. Lui, il sait mieux que son père. Jusqu’à ce qu’il devienne père lui-même. A ce moment là, il revient à son père et la fille revient à sa mère. « 

De Tbilissi à Gyumri… 4 jours de galère ?

         C’est ce que nous pensions en partant de Tbilissi jeudi matin dernier. Quelle idée d’aller en pleine montagne, à Gyumri, ville réputée pour être la « Sibérie du Caucase » ? Nos amis là-bas nous ont bien prévenus : il peut faire jusqu’à – 30°C ! Mais comme nous sommes jeunes et fous, nous partons comme prévu nous demandant ce que nous allons rencontrer…

I / Le départ

Ce matin là donc, nous partons avec David, notre hôte.

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David et Lali, sa soeur. Nos hôtes à Tbilissi.

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La cage d’escalier… il y fait très frisquet !

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Dans cet immeuble, pas de charges d’immeuble, mais il faut payer 5 tetri (soit 2 centimes d’euros) pour monter en ascenseur !

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Il nous dépose place de la Liberté, au centre de Tbilissi, et nous rejoignons la cathédrale catholique où dort tranquillement notre tandem.

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La place de la Liberté

La cathédrale de l'Assomption...

La cathédrale catholique de l’Assomption

… recouverte d’icônes racontant l’Ancien Testament et le Nouveau Testament

Après nous être équipés, nous disons au revoir à Mgr Giuseppe ainsi qu’au père Andrès. Nous nous équipons et andiamo.

Nous voilà donc partis pour 200 kms de montagne.

" Je ne sais pas où on va, mais on y va ! " Merci Ben !

 » Je ne sais pas où on va, mais on y va !  » Merci Ben !

Sur la route nous apercevons de nombreux marchands ambulants d'oranges et clémentines qui arrivent pour beaucoup de Turquie.

Sur la route nous apercevons de nombreux marchands ambulants d’oranges et clémentines qui arrivent pour beaucoup de Turquie.

II / Première étape : 

16 h, le soleil commence tranquillement à tomber. Nous arrivons à Sulaveri. La route a été plutôt plate ! C’est une bonne surprise.

Et nous retrouvons cette question que nous n’avons pas eu à nous poser ces dernières semaines de citadins à Istanbul puis à Tbilissi ; cette question que nous nous posons à l’entrée du village devant les maisons qui se suivent les unes derrières les autres :

 » Bon, par où commençons-nous ? Où allons-nous frapper à la porte ? « 

Nous prenons une rue sur la gauche, ou plutôt un chemin, traversons des étalages de clémentines et d’oranges et interpellons une dame, confiants en notre message écrit en géorgien par David et qui explique ce que nous cherchons. Sauf que … dans cette région de la Géorgie, les gens sont Arméniens et Azeris ( habitants de l’Azerbaïdjan ) et peu parlent et lisent le géorgien !

C'est peut-être la plus belle écriture que nous ayons vu.  Et à la fin, David a écrit : " Ils sont très gentils ! "

C’est peut-être la plus belle écriture que nous ayons vu. Et à la fin, David a écrit :  » Ils sont très gentils ! « 

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Ici, les parents mettent des rubans aux portails pour signifier que leur fille est prête à marier. Les prétendants savent ainsi à quelle porte se présenter.

Finalement, au-bout de 2 maisons, nous sommes accueillis par Enrika, une dame arménienne qui habite là avec son mari, sa mère Ema ( qui fêtait ce jour-là ses 82 ans ) et son fils handicapé Ararat. Ararat, nom du mont emblème de l’Ancienne Arménie. Aujourd’hui situés en Turquie.

Nous jouons au Backgammon avec Enrika. Difficile de suivre son rythme !!

Nous jouons au Backgammon avec Enrika. Difficile de suivre son rythme !!

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III/ Deuxième jour, passage de la frontière

Aujourd’hui, après un bon petit déjeuner, nous partons ( à 10h30… ) en direction de la frontière. Nous la passons à midi et nous nous arrêtons déjeuner après.

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Et nous entrons dans le canyon du Debed, un canyon de 60 km. Encore une bonne surprise : nous n’avons qu’à suivre la voie ferré et la rivière. Donc pour le moment, pas de cols à passer !

Sur la route, nous sommes étonnés du nombres d’usines désaffectées. Cette région paraît un peu morte. Effet renforcé par l’hiver qui donne un paysage gris.

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Admirez le pont…

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IV / Ainsi parle le Seigneur : « Vous irez à la messe dimanche ! « 

L’après-midi est déjà bien avancée. Nous n’arriverons pas à avancer plus aujourd’hui. Pff ! encore 70 km avant Spitak où il y a des Missionnaires de la Charité et où nous aurions pu aller à la messe. Nous ne voyons pas comment on y arrivera ! Nous avons déjà fait de grosses journées à 70 km, mais pas en montagne. Même si la route est dans le canyon, nous avons des montées et elle n’est pas très bonne.

Or, sur le bord de la route, une camionnette blanche s’est arrêtée. Un homme nous fait signe de nous arrêter.  » Encore un qui veut nous vendre quelque chose,  » nous disons-nous. Nous continuons notre route.

 » Tiens, revoilà la sous-préfette ! » dit Ben au moment où la camionnette nous dépasse de nouveau. Et le voilà qui s’arrête de nouveau.

Cette fois, nous nous arrêtons, un peu méfiant.

 » – Je parle allemand. Je peux vous aider. Ici, vous ne trouverez personne qui parle autre chose que l’arménien ou le russe. Voulez-vous que je vous indique un hôtel ?  » Nous demande l’homme en allemand. Avec notre allemand scolaire, nous lui expliquons que nous comptons nous arrêter dans le prochain village et demander à une famille de nous accueillir.

« – Etes-vous chrétiens ? Catholiques ? Je suis pasteur évangélique. Je peux vous accueillir dans mon église pour la nuit. Mon village est à 30 km. « 

Nous réfléchissons et acceptons : nous pouvons faire 30 km, sachant que notre logement est assuré.

 » – Mettez votre tandem dans ma camionnette, je vous emmène !!!! « 

Encore un clin d’oeil de la Providence. C’est donc chose faite. Nous voilà en camionnette à parcourir 30 km.

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Nous sommes accueillis par la femme du pasteur. Thé et ping-pong avec leur fille puis dîner sont de la partie !

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Les voyez-vous ces jolis chaussons ? Après une petite serviette reçue en Grèce, encore un cadeau pour notre futur bébé…!

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L’église évangélique

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 » Bon demain, je pars à 9h. On laisse votre vélo dans la voiture, car je vais dans la même direction que vous. Je vous emmène donc jusqu’à Vanadzor !  »

V/ Jusqu’à Spitak

Ainsi, nous arrivons à Vanadzor. Sur la route, Robert nous raconte le terrible tremblement de terre de 1988. Dans son village 4000 personnes ont péri dans le séisme. L’épicentre était à Spitak. Conjugué au communisme et à sa chute quelques années plus tard, nous découvrons un pays extrêmement pauvre et détruit.

Mais en reprenant le vélo après la pause déj’, nous découvrons aussi de magnifiques paysages.

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Ici, 80 % des voitures roulent au gaz. A la station service, tout le monde est prié de descendre de la voiture le temps du plein.

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Le voyez-vous ?! On n’a pas trop traîné à cet endroit-là…

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Tout le long du chemin, des conduites de gaz

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Arrivés à Spitak, nous nous renseignons pour trouver le centre des Missionnaires de la Charité. Benoît entre dans une église arménienne ; Et ressort en me disant que nous allons suivre le pope jusque chez les soeurs soient encore 5 km.

Tout les 300mètres, le long de la route, des gendarmes sont postés. A un moment donné, l’un d’entre eux nous fait signe de nous arrêter. Qu’y a-t-il ? Oh, seulement un grand convoi de voitures. Ainsi, nous saluons le président de l’Arménie qui rentre à sa capitale !

Enfin nous arrivons chez les soeurs. Un peu gênés tout de même car il fait nuit et les soeurs n’étaient pas prévenues de notre arrivée… Mais aussitôt dit aussitôt fait, nous voilà dans un petit bungalow pour deux nuits. Et demain, nous pourrons être à la messe à 9h !

VI/ Un dimanche avec les personnes handicapées dans un cadre somptueux.

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Béthanie, notre maison

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Le centre des soeurs.

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VII / Le jour le plus froid !

Et c’est pas un jour nuageux que nous reprenons nos cliques et nos claques et poursuivons notre route vers la Sibérie du Caucase.

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Lorsqu’il faut rejoindre la route principale pour Gyumri

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Ne jamais se demander où continue la route…!

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Pause déjeuner. Au menu : Ratchapuri (raviolis arméniens )

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Un col à passer. Pour la première fois, nous préférons la montée à la descente. Qui l’aurait cru ! Car, qu’est-ce qu’on a froid en descente !!!

Petit col de 1940 mètres d’altitude. Je vous laisse imaginer la température là haut.

Enfin, nous arrivons devant l’orphelinat. Nous y retrouvons Lucile et Alex, nos amis. Il fait ici quelques degrés de moins que zéro.

Et le soir… il commence à neiger ! Même Lucile ne pensait pas que nous arriverions jusqu’au bout en vélo.

Vraiment, nous ne roulons pas seuls.

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Direction : Notre Arménie

« Notre Arménie » ?? Nous ne sommes ni natif, ni de famille arménienne vous le savez.

Alors que signifie « notre Arménie » ?

Notre Arménie, c’est le nom du blog que tiennent nos amis Lucile et Alexandre qui passent une année dans un orphelinat. C’est notre destination pour Noël.

Alors afin de vous plonger dans l’ambiance nous vous invitons à vous rendre sur leur site pour découvrir un peu plus la vie là-bas : http://www.notrearmenie.org

N’hésitez pas à les aider si vous le pouvez.

De la Géorgie à l’Arménie

Nous voulions écrire un article plus grand sur notre arrivée, nos rencontres etc… mais par faute de temps, ce sera un télégramme :

Sommes bien arrivés à 4h du matin mardi matin. STOP

Immense merci aux familles qui nous ont accueillis à Istanbul. Grâce à elles, avons passé 3 semaines super. STOP.

Avons dormis dans l’aéroport jusqu’à 9h. STOP. Matelats Thermarest résistent à tout. STOP

Sommes accueillis par deux géorgiens, Lali et David. Sont frères et soeurs et très sympa. STOP.

Sommes surpris par barres d’immeubles grises très pauvres. Merci les communistes. STOP

Aujourd’hui, avons bu 3 cafés et rencontrés un évêque italien, deux pères polonais, un philosophe géorgien, une ancienne de l’IPC. Beaucoup de conversations très enrichissantes. STOP

Partons demain pour l’Arménie. Pas de neige en prévision. STOP Ouf. STOP

Photos de tout ça suivront dès que possible. STOP

Le Seigneur est bon. STOP

Avec saint Jean et saint Paul

Arrivés lundi dernier à Izmir, alias Smyrne, nous achevons une semaine riche en rencontres, visites tant touristiques que spirituelles.

Mercredi dernier, nous avons pu aller à Ephèse. Nous n’avons habituellement pas une grande passion pour les pierres antiques, mais là, il faut bien reconnaître que cela dépassait toutes nos attentes. Depuis la tombe de saint Jean à la maison de la Vierge, en passant par l’église du Concile de 431, et l’amphithéâtre où saint Paul s’est rendu, nous n’avions qu’à laisser nos pieds et notre âme marcher à la suite de nos Pères.

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Un immense édifice dont il ne reste pas grand chose...

Un immense édifice dont il ne reste pas grand chose…

Sous ces dalles, une crypte où se situe le tombeau de saint Jean

Sous ces dalles, une crypte où se situe le tombeau de saint Jean

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L'église du concile d'Ephèse en 431.

L’église du concile d’Ephèse en 431.

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L’église est à l’arrière, à côté de la grande place carrée que l’on aperçoit.

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L'amphithéâtre d'Ephèse, témoin de l'émeute des orphèvres. Ac 19; 23-40

L’amphithéâtre d’Ephèse, témoin de l’émeute des orphèvres. Ac 19; 23-40

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???

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C'est haut hein ? des gradins pouvant accueillir 24 000 personnes...

C’est haut hein ? des gradins pouvant accueillir 24 000 personnes…

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La bibliothèque de Celsus

La bibliothèque de Celsus

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Quel bel homme !

Quel bel homme !

L'agora commerciale

L’agora commerciale

La voie de marbre

La voie de marbre

Ephèse en maquette

Et le point d’orgue :

La maison de Marie

La maison de Marie. A l’image de notre Mère du Ciel, discrète mais bien présente. Un petit havre de paix dans un pays qui ne compte plus beaucoup de chrétiens.

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Voici (de bonnes) nouvelles

Lundi 8 décembre

Nous avons enfin récupéré nos visas pour la Russie, après quelques jours de galère à Istanbul pour les obtenir.

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Eglise Notre Dame de Lourdes, Istanbul

Ce matin nous avons pu aller à la messe de la solennité de l’Immaculée Conception dans la première église bâtie sous le vocable de Notre Dame de Lourdes, en dehors du sanctuaire lui-même.

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Messe en turc bien sûr.

Nous prenons l’avion, sans notre vélo, pour Izmir et peut-être Ephèse. Nous y resterons quelques jours avant de revenir ici prendre l’avion, avec le vélo, direction la Georgie.

La place du père au Congo

Le père Janusz, prêtre à Thessalonique, a vécu 23 ans au Congo. Voici un extrait intéressant de notre discussion sur la place du père au Congo.

Avant notre question, le père nous a dit que le premier rôle du père était de nourrir sa famille. Il nous explique qu’il a constaté une grande différence entre la vie en ville et à la campagne. Si matériellement la vie au village est plus difficile ( pas d’eau courante, pas toujours l’électricité… ), d’un point de vue psychologique, les familles se portent mieux. Selon lui, une des raisons est l’absence de travail en ville qui empêche les hommes de jouer leur rôle.

« –  Quand l’homme est déboussolé, ne travaille plus, la société serait-elle plus violente ?

Je ne sais pas. Peut être. Si le père joue son rôle, il assume la famille. Quand il n’y arrive plus, les gens se sentent un peu déboussolés et beaucoup de règles s’envolent. N’existent plus. Parce qu’il n’y a plus de références, quelque chose qui donne la direction à la société. Les points de références qui étaient là disparaissent. Chacun commence à faire ce qu’il veut. En Afrique il y avait le conseil de sages. Quand les hommes n’arrivaient pas à se mettre d’accord sur quelque chose d’important pour la société, pour la vie, qu’est-ce que les femmes faisaient ? elles se déshabillaient pour rappeler aux hommes « Puisque vous n’arrivez pas à faire ce que vous devez, alors il n’y a pas ces règles selon lesquelles on doit s’habiller. Alors nous faisons ce que nous voulons nous aussi ! » Et les hommes, tout de suite se mettaient à trouver une solution. Ainsi, elles leur rappelaient : «  Faites votre travail ! »

Et c’est aussi le cas à l’intérieur de la famille. Les enfants aussi se sentent un peu plus en sécurité s’ils voient les personnes et les choses à leur place. Traditionnellement c’était comme ça alors c’est comme ça. Si l’homme, qui doit pourvoir à la survie de la famille, ne peut pas le faire, alors il perd autorité auprès des enfants, des siens. On ne le considère plus comme responsable, comme celui qui dit tenir cette famille-là. Alors les problèmes peuvent commencer parce que chacun va de son côté. «