Quatre semaines auprès de familles italiennes.

L’Italie, pays si proche de la France et pourtant si différent. Délice des touristes qui parcourent la côte, joie des amateurs de l’Antiquité qui viennent contempler les nombreux vestiges de cette période du port d’Ostie aux galeries souterraines de Naples, passion des artistes qui, de Florence à la Ville Eternelle contemplent Michel-Ange, Raphaël et tant d’autres. Mais, l’Italie c’est aussi une situation économique très difficile, avec des taxes s’élevant à 50 % du salaire des travailleurs, sans compter le coût de l’électricité, des ordures ménagères, de l’eau ; et un taux de chomage très élevé. Cependant, tout ceci ne saurait nous faire connaître ce beau pays. Non, pour le découvrir, il faut plonger au coeur de la famille italienne. Ainsi, après avoir chaussé la botte pendant quatre semaines, nous pouvons tirer à gros traits son portrait.

La famille traditionnelle italienne ne s’articule pas comme l’image française laisse à le penser trop souvent, autour de la mamma. Notre image d’Epinal d’une vieille femme vêtue de noir, oppressante car omniprésente et sévère mérite d’être quelque peu dépoussiérée. En effet le centre de la famille italienne n’est pas la mère de famille mais le couple. Le père, le Capo famiglia (traduisons chef de famille) à tout autant sa place que son épouse.

Entrons dans une ville du Sud de l’Italie, puisque c’est là que vous pourrez encore voir cette famille. Il est 18h30, 19h, le jour baisse et dans les rues vous rencontrez beaucoup de monde ; des enfants qui jouent, des jeunes qui discutent, des hommes qui se baladent et échangent. Mais en fait vous ne verrez que peu de femmes, voir aucune.

Oui, madame est à la cuisine et prépare le dîner. Là, où beaucoup d’entre nous voit une marque de machisme, l’italien voit une reconnaissance. Est-ce simplement par culture, par tradition ? Non. Pour la majorité des femmes que nous avons rencontré, c’est avant tout un choix et un choix réfléchi. Travailler à la maison n’est aucunement une offense pour elle. Travailler, le mot est bien celui-là. Ici la femme n’est pas « au foyer » ou au « chômage », mais elle est considérée et par conséquent remerciée pour son ouvrage quotidien. Mais ne vous-y trompez pas, lorsque demain vous prendrez la route, vous ne verrez plus d’hommes dans la rue, puisque ceux-ci sont au travail, mais des femmes qui prennent le temps pour leur balade amicale. Amitié, convivialité, ce sont ici des constantes. Dans un même village on se connaît, on prend le temps de discuter, de faire un bout de chemin ensemble pour discuter politique ou résultat de match de foot.

Mais avançons nous encore un peu vers la porte d’une casa. Sur la porte vous verrez écrit le nom de l’homme seulement. L’extérieur de la vie de la maison incombe au mari, au père. C’est lui qui va à la poste, à la banque, qui conduit ses enfants à l’université, qui les aide à s’orienter dans le monde. Le mari, le père, est le gardien de la maison, il veille sur les alentours, il apporte sécurité et confiance aux membres de la famille. Mais passée la porte, vous entrez dans le domaine de la femme et mère de ses enfants. Vous entrez dans son monde. Peut-être devrait-il y avoir une autre plaque à l’intérieur avec le nom de la femme, nom qu’elle garde malgré son mariage. Ici tout lui appartient. De fait, pour être invité dans une famille italienne, nous avons constaté que le mari allait toujours demander la permission à sa femme. C’est chez elle et cela se voit par la décoration, la tenue de la maison. Néanmoins n’y voyait pas un rapport de force extérieur/intérieur. La femme et l’homme s’aident et se respectent mutuellement, selon leur caractère et leurs désirs. Ils ont tout deux conscience d’avoir besoin l’un de l’autre.

Ainsi une mère nous expliquait qu’au quotidien c’est elle qui incarne l’autorité. Comme souvent chez nous en France, la femme étant plus présente auprès des enfants, elle est donc leur première éducatrice. Cependant le père est loin d’être ici considérè comme un simple moyen de rappeler à l’ordre ses enfants, comme lorsque la photo du père absent trône sur la cheminée et que fuse la célèbre ritournelle : « tu sais ce que dirais ton père s’il était là ». La présence du père est vue comme nécessaire puisqu’elle permet que les angles soient arrondis et que l’autorité soit incarnée.

Quel beau paradoxe que celui-ci. A la fois le père est vu comme le fondement de l’autorité familiale, et cela passe d’abord par l’exemple, mais aussi comme celui qui permet d’adoucir la rigueur de la mère envers ses enfants. Ainsi c’est à la fois le père qui saura, par une parole ferme et intelligible, faire cesser les caprices de l’enfant, et à la fois il jouera le conciliateur en lâchant du leste comparativement à la rigueur maternelle. Rôle intéressant et peut-être en apparence très gratifiant que celui du père dans le mesure où il est vu par l’enfant comme le bienfaiteur. Néanmoins, cette image doit être contrebalancée par le fait qu’il doit tenir cette place de modèle d’autorité. L’autorité, au sens de celui qui écoute, est ici comprise avec deux facettes. En effet le père est d’abord vu comme celui qui prend le temps d’écouter. Ensuite viendra sa parole. Face aux conflits souvent stériles et épuisants qui confrontent mère et enfants, le père permet, par son écoute et parfois par son apparent lâcher prise, de désamorcer la situation. Mais pour cela, il faut que sa parole se fonde sur deux choses, l’exemple et le temps. L’enfant doit apprendre dans le temps que la parole de son père est en vue de son bien, malgré des apparences parfois trompeuses.

Revenons à notre famille italienne. La primauté que les italiens accordent à l’unité du couple en vue de l’éducation des enfants est une chose à remarquer, tellement cela ne nous est plus naturelle. Bien plus, il est une chose que nous avons oublié et qui mérite notre attention, c’est la solidarité entre les générations.

Ne venez pas proposer vos service comme nourrice, ils n’en ont pas besoin. Les grands-parents s’occupent des petits-enfants lorsque les parents sont au travail ; et les enfants s’occupent de leur parents durant leur vieillesse. Il est inconcevable pour un italien de laisser seul son père ou sa mère. Ils vivent dans la même ville, parfois la maison d’à côté. Nous avons ainsi rencontré une famille qui est partie de Naples vers Rome. Les filles ayant trouvé du travail à Rome, toute la famille a déménagée. Leur mari et leurs enfants respectifs bien sûr mais aussi les grands-parents.

La famille décrite ici est-elle bien réelle ? Oui, nous en avons rencontrées plusieurs dans le sud de l’Italie. Certes, les italiens du nord considèrent leur compatriotes habitants en dessous de Rome comme des arriérés du fait que beaucoup de femmes ne travaillent pas ou qu’elles s’occupent de la maison. Mais ils ont en fait beaucoup de points communs avec ces derniers. La différence réside dans leur proximité avec leurs voisins européens qui leur a inculquée des valeurs mortifères pour eux. En effet, l’individualisme fait des ravages. Les préoccupations diffèrent. Au nord, il faut être jeune, beau et avoir de la classe. C’est avant tout pour cela que nombre de femmes travaillent. Là, où dans le sud prime la famille, ici prime l’individu et son apparence, et par conséquent, l’économie. S’en suivent des conséquences diverses. Dans le nord on enfante moins, voir pas – 1 enfant, surtout pas plus -, on ne travaille plus, on se connaît moins. Mais la conséquence la plus dramatique est que du fait de cette situation des cultures entières vont disparaître inexorablement dans les années à venir. Dans quelques années, les régions de Venise, Padoue, Gênes ne seront plus peuplées que par des étrangers, qu’ils soient italiens ou émigrés. C’est avec eux, des traditions, des dialectes qui vont se perdre. Ainsi lorsque vous irez acheter un sandwich à Gênes, profitez aujourd’hui d’être compris par quelque personnes lorsque vous demanderez du jambon, car ce mot appartient à leur dialect et est voué à disparaître.

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